Jean-Paul RIOPELLE, L'hommage à Rosa Luxemburg, 1992 (détail) [ * ]

Liminaire

À Mikel Dufrenne, cet apologue de la raison mariée à la sensibilité, ce phénoménologue des conjugaisons d'avant-garde, qui n'aurait certes pas hésité à lancer son verbe sur les ondes esthétisables de cette autoroute, s'il n'avait été si souffrant lors de la réception de notre invitation.

Les courts messages des esthéticiens et des artistes qui ont accepté si gentiment de participer à ce numéro d'envoi, voguent pour notre plaisir tant sur la voie de la biographie intellectuelle que sur celle des enjeux actuels de l'esthétique.

La conception même de la revue la rend aussi très perméable aux vagues des expériences polysensorielles (visuelles, vidéographiques, musicales, etc.) qui courent déjà allègrement sur les avenues de l'Internet, comme en témoignent les images du World Wide Web. Des numéros thématiques ou des essais sur la singularité même de ces expériences, seront donc les bienvenus dans des livraisons futures.

Quant aux défis du premier numéro, obtenir la permission de diffuser Hommage à Rosa Luxembourg de Jean-Paul Riopelle fût à la fois une joie et un honneur, mais la diffusion en constitua un tour de force. Il fallait trouver la façon d'insérer l'horizontalité sur la verticalité électronique! François-Marc Gagnon en a bien anticipé l'enjeu en abordant le combat de l'horizontalité et de la verticalité, de la fabrication et de l'exposition, mais aussi l'appréhension de la diffusion de cette souillure voluptueuse que constitue l'oeuvre québécoise. Tous les moyens sont bons pour donner place aux oeuvres sans lesquelles (quoiqu'on dise) nulle esthétique n'est possible (même si ce sont les artistes eux-mêmes qui écrivent : Roger Seamon traitera de l'intervention de Melvin Charney).

Anne Cauquelin aborde de plein pied les enjeux esthétiques par le biais de la position singulière des technimages qui font éclater toute théorie. Les arguments de la vulgate inspirée, contre celles-ci, vont jusqu'à repêcher les critères que l'art contemporain avait balayés. Mais ce coup de barre révèle en retour leurs vertus : ces images dressent en effet le projet d'une reconstruction fastidieuse de la théorie.

L'itinéraire esthétique de Wolfgand Welsch a consisté à arpenter les convergences très fécondes entre la philosophie et l'art, depuis le fond d'une constitution sensible de sens. Une compréhension adéquate et actuelle doit considérer la dialectique toujours présente entre les options esthétiques intérieures à l'art et celles qui viennent d'ailleurs.

Comme les rédacteurs anglophone et francophone se sont aussi séparé la tâche, je dois donc passer le stylo à Roger, tout en exprimant ultimement ma reconnaissance au comité de rédaction sans la solidarité duquel la réalisation de ce numéro de lancement n'aurait certes pas été possible. Mille fois merci en outre à Jean-Claude Guédon qui nous offre l'opportunité d'être greffés à la revue Surfaces.

Suzanne Foisy
Co-rédactrice



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